Mais, par-dessus les bruits, par-dessus les clameurs, un cri terrible domina. C'était Henriette qui arrivait et qui venait de voir son mari, contre le mur, en face d'un peloton préparant ses armes.

Elle se rua à son cou.

— Mon Dieu! qu'est-ce qu'il y a? Ils ne vont pas te tuer!

Weiss, stupide, la regardait. Elle! Sa femme, désirée si longtemps, adorée d'une tendresse idolâtre! Et un frémissement le réveilla, éperdu. Qu'avait-il fait? Pourquoi était-il resté, à tirer des coups de fusil, au lieu d'aller la rejoindre, ainsi qu'il l'avait juré? Dans un éblouissement, il voyait son bonheur perdu, la séparation violente, à jamais. Puis, le sang qu'elle avait au front, le frappa; et la voix machinale, bégayante:

— Est-ce que tu es blessée? … C'est fou d'être venue…

D'un geste emporté, elle l'interrompit.

— Oh! moi, ce n'est rien, une égratignure… Mais toi, toi!
Pourquoi te gardent-ils? Je ne veux pas qu'ils te tuent!

L'officier se débattait au milieu de la route encombrée, pour que le peloton eût un peu de recul. Quand il aperçut cette femme au cou d'un des prisonniers, il reprit violemment, en Français:

— Oh! non, pas de bêtises, hein!… D'où sortez-vous? Que voulez- vous?

— Je veux mon mari.