Déjà, ils se concertaient pour savoir par quel bout le prendre, lorsqu'ils aperçurent, abrités derrière la haie qu'ils avaient longée, deux brancardiers, qui paraissaient attendre de la besogne. Ils leur firent des signes énergiques, ils les décidèrent à s'approcher. C'était le salut, s'ils pouvaient regagner l'ambulance, sans mauvaise aventure. Mais le chemin était long, et la grêle de fer augmentait encore.

Comme les brancardiers, après avoir bandé fortement la jambe, pour la maintenir, emportaient le capitaine assis sur leurs poings noués, un bras passé au cou de chacun d'eux, le colonel De Vineuil, averti, arriva, en poussant son cheval. Il avait connu le jeune homme dès sa sortie de Saint-Cyr, il l'aimait et se montrait très ému.

— Mon pauvre enfant, ayez du courage… Ce ne sera rien, on vous sauvera…

Le capitaine eut un geste de soulagement, comme si beaucoup de bravoure lui était venue enfin.

— Non, non, c'est fini, j'aime mieux ça. Ce qui est exaspérant, c'est d'attendre ce qu'on ne peut éviter.

On l'emporta, les brancardiers eurent la chance d'atteindre sans encombre la haie, le long de laquelle ils filèrent rapidement, avec leur fardeau. Lorsque le colonel les vit disparaître derrière le bouquet d'arbres, où se trouvait l'ambulance, il eut un soupir de soulagement.

— Mais, mon colonel, cria soudain Maurice, vous êtes blessé, vous aussi!

Il venait d'apercevoir la botte gauche de son chef couverte de sang. Le talon avait dû être arraché, et un morceau de la tige était même entré dans les chairs.

M De Vineuil se pencha tranquillement sur la selle, regarda un instant son pied, qui devait le brûler et peser lourd, au bout de sa jambe.

— Oui, oui, murmura-t-il, j'ai attrapé ça tout à l'heure… Ce n'est rien, ça ne m'empêche pas de me tenir à cheval…