Charlot, oublié, était resté dans les jupes de sa mère, se retenant pour ne pas éclater en sanglots, au milieu de la querelle. Et Goliath, qui avait enfin quitté sa chaise, s'approcha.
— N'est-ce pas? Tu es mon petit à moi, un petit Prussien…
Viens, que je t'emmène!
Mais, déjà, Silvine, frémissante, l'avait saisi dans ses bras, le serrait contre sa poitrine.
— Lui, un Prussien, non! Un Français, né en France!
— Un Français, Regardez-le donc, regardez-moi donc! C'est tout mon portrait. Est-ce qu'il vous ressemble, à vous?
Elle vit alors seulement ce grand gaillard blond, à la barbe et aux cheveux frisés, à l'épaisse face rose, dont les gros yeux bleus luisaient d'un éclat de faïence. Et c'était bien vrai, le petit avait la même tignasse jaune, les mêmes joues, les mêmes yeux clairs, toute la race de là-bas en lui. Elle-même se sentait autre, avec les mèches de ses cheveux noirs, qui glissaient de son chignon sur son épaule, dans son désordre.
— Je l'ai fait, il est à moi! reprit-elle furieusement. Un
Français qui ne saura jamais un mot de votre sale allemand, oui!
Un Français qui ira un jour vous tuer tous, pour venger ceux que
vous avez tués!
Charlot s'était mis à pleurer et à crier, cramponné à son cou.
— Maman, maman! J'ai peur, emmène-moi!
Alors, Goliath, qui ne voulait sans doute pas de scandale, recula, se contenta de déclarer, en reprenant le tutoiement, d'une voix dure: