-- Tu n'as pas peur?
-- Oh! non. Il n'y a que toi et moi, dans le jardin... De qui veux-tu que j'aie peur? Les murailles sont trop hautes. Nous ne les voyons pas, mais elles nous gardent, comprends-tu?
Il était tout près d'elle. Il murmura:
-- Tout à l'heure, tu as eu peur de moi.
Mais elle le regardait en face, sereine, sans un battement de paupière.
-- Tu me faisais du mal, répondit-elle. Maintenant, tu as l'air très bon. Pourquoi aurais-je peur de toi?
-- Alors, tu me permets de te prendre comme cela? Nous retournerons sous les arbres.
-- Oui. Tu peux me serrer, tu me fais plaisir. Et marchons lentement, n'est-ce pas? pour ne pas retrouver notre chemin trop vite.
Il lui avait passé un bras à la taille. Ce fut ainsi qu'ils revinrent sous les hautes futaies, où la majesté des voûtes ralentit encore leur promenade de grands enfants qui s'éveillaient à l'amour. Elle se dit un peu lasse, elle appuya la tête contre l'épaule de Serge. Ni l'un ni l'autre pourtant ne parla de s'asseoir. Ils n'y songeaient pas, cela les aurait dérangés. Quelle joie pouvait leur procurer un repos sur l'herbe, comparée à la joie qu'ils goûtaient en marchant toujours, côte à côte? L'arbre légendaire était oublié. Ils ne cherchaient plus qu'à rapprocher leur visage, pour se sourire de plus près. Et c'étaient les arbres, les érables, les ormes, les chênes, qui leur soufflaient leurs premiers mots de tendresse, dans leur ombre claire.
-- Je t'aime! disait Serge d'une voix légère qui soulevait les petits cheveux dorés des tempes d'Albine.