Il voulait trouver une autre parole, il répétait:

-- Je t'aime! Je t'aime!

Albine écoutait avec un beau sourire. Elle apprenait cette musique.

-- Je t'aime! Je t'aime! soupirait-elle plus délicieusement, de sa voix perlée de jeune fille.

Puis, levant ses yeux bleus, où une aube de lumière grandissait, elle demanda:

-- Comment m'aimes-tu?

Alors, Serge se recueillit. Les futaies avaient une douceur solennelle, les nefs profondes gardaient le frisson des pas assourdis du couple.

-- Je t'aime plus que tout, répondit-il. Tu es plus belle que tout ce que je vois le matin en ouvrant ma fenêtre. Quand je te regarde, tu me suffis. Je voudrais n'avoir que toi, et je serais bien heureux.

Elle baissait les paupières, elle roulait la tête comme bercée.

-- Je t'aime, continua-t-il. Je ne te connais pas, je ne sais qui tu es, je ne sais d'où tu viens; tu n'es ni ma mère, ni ma soeur; et je t'aime, à te donner tout mon coeur, à n'en rien garder pour le reste du monde... Ecoute, j'aime tes joues soyeuses comme un satin, j'aime ta bouche qui a une odeur de rose, j'aime tes yeux dans lesquels je me vois avec mon amour, j'aime jusqu'à tes cils, jusqu'à ces petites veines qui bleuissent la pâleur de tes tempes... C'est pour te dire que je t'aime, que je t'aime, Albine.