-- Moi, je ne sais pas. L'oncle Jeanbernat me défendait de venir à l'église. Il me disait: "Bête, puisque tu as un jardin, qu'est-ce que tu irais faire dans une masure où l'on étouffe?..." J'ai grandi bien contente. Je regardais dans les nids, sans toucher aux oeufs. Je ne cueillais pas même les fleurs, de peur de faire saigner les plantes. Tu sais que jamais je n'ai pris un insecte pour le tourmenter... Alors, pourquoi Dieu serait-il en colère contre moi?

-- Il faut le connaître, le prier, lui rendre à chaque heure les hommages qui lui sont dus, répondit le prêtre.

-- Cela te contenterait, n'est-ce pas? reprit-elle. Tu me pardonnerais, tu m'aimerais encore?... Eh bien! je veux tout ce que tu veux. Parle-moi de Dieu, je croirai en lui, je l'adorerai. Chacune de tes paroles sera une vérité que j'écouterai à genoux. Est-ce que jamais j'ai eu une pensée autre que la tienne?... Nous reprendrons nos longues promenades, tu m'instruiras, tu feras de moi ce qu'il te plaira. Oh! consens, je t'en prie!

L'abbé Mouret montra sa soutane.

-- Je ne puis, dit-il simplement; je suis prêtre.

-- Prêtre! répéta-t-elle en cessant de sourire. Oui, l'oncle prétend que les prêtres n'ont ni femme, ni soeur, ni mère. Alors, cela est vrai... Mais pourquoi es-tu venu? C'est toi qui m'as prise pour ta soeur, pour ta femme. Tu mentais donc?

Il leva sa face pâle, où perlait une sueur d'angoisse.

-- J'ai péché, murmura-t-il.

-- Moi, continua-t-elle, lorsque je t'ai vu si libre, j'ai cru que tu n'étais plus prêtre. J'ai pensé que c'était fini, que tu resterais sans cesse là, pour moi, avec moi... Et maintenant, que veux-tu que je fasse, si tu emportes toute ma vie?

-- Ce que je fais, répondit-il: vous agenouiller, mourir à genoux, ne pas vous relever avant que Dieu pardonne.