Alors, elle lui donna le peigne, elle laissa tomber les nattes lourdes de son chignon. Ce fut comme une étoffe d'or dépliée. Ses cheveux la vêtirent jusqu'aux reins. Des mèches qui lui coulèrent sur la poitrine achevèrent de l'habiller royalement. Serge, à ce flamboiement brusque, avait poussé un léger cri. Il baisait chaque mèche, il se brûlait les lèvres à ce rayonnement de soleil couchant.

Mais Albine, à présent, se soulageait de son long silence. Elle causait, questionnait, ne s'arrêtait plus.

-- Ah! que tu m'as fait souffrir! Je n'étais plus rien pour toi, je passais mes journées, inutile, impuissante, me désespérant comme une propre à rien... Et pourtant, les premiers jours, je t'avais soulagé. Tu me voyais, tu me parlais... Tu ne te rappelles pas, lorsque tu étais couché et que tu t'endormais contre mon épaule, en murmurant que je te faisais du bien?

-- Non, dit Serge, non, je ne me rappelle pas... Je ne t'avais jamais vue. Je viens de te voir pour la première fois, belle, rayonnante, inoubliable.

Elle tapa dans ses mains, prise d'impatience, se récriant:

-- Et mon peigne? Tu te souviens bien que je te donnais mon peigne, pour avoir la paix, lorsque tu étais redevenu enfant? Tout à l'heure, tu le cherchais encore.

-- Non, je ne me souviens pas... Tes cheveux sont une soie fine. Jamais je n'avais baisé tes cheveux.

Elle se fâcha, précisa certains détails, lui conta sa convalescence dans la chambre au plafond bleu. Mais lui, riant toujours, finit par lui mettre la main sur les lèvres, en disant avec une lassitude inquiète:

-- Non, tais-toi, je ne sais plus, je ne veux plus savoir... Je viens de m'éveiller, et je t'ai trouvée là, pleine de roses. Cela suffit.

Et il la reprit entre ses bras, longuement, rêvant tout haut, murmurant: