—Maintenant que le partage est résolu, reprit le notaire, il s'agit de régler les conditions. Êtes-vous d'accord sur la rente à servir?

Du coup, tous redevinrent immobiles et muets. Les visages tannés avaient pris une expression rigide, la gravité impénétrable de diplomates abordant l'estimation d'un empire. Puis, ils se tâtèrent d'un coup d'oeil, mais personne encore ne parla. Ce fut le père qui, de nouveau, expliqua les choses.

—Non, monsieur Baillehache, nous n'en avons pas causé, nous avons attendu d'être tous ensemble, ici… Mais c'est bien simple, n'est-ce pas? J'ai dix-neuf setiers, ou neuf hectares et demi, comme on dit à cette heure. Alors, si je louais, ça ferait donc neuf cent cinquante francs, à cent francs l'hectare…

Buteau, le moins patient, sauta sur sa chaise.

—Comment! à cent francs l'hectare! est-ce que vous vous foutez de nous, papa?

Et une première discussion s'engagea sur les chiffres. Il y avait un setier de vigne: ça, oui, on l'aurait loué cinquante francs. Mais est-ce qu'on aurait jamais trouvé ce prix pour les douze setiers de terres de labour, et surtout pour les six setiers de prairies naturelles, ces prés du bord de l'Aigre, dont le foin ne valait rien? Les terres de labour elles-mêmes n'étaient guère bonnes, un bout principalement, celui qui longeait le plateau, car la couche arable s'amincissait à mesure qu'on approchait du vallon.

—Voyons, papa, dit Fanny d'un air de reproche, il ne faut pas nous fiche dedans.

—Ça vaut cent francs l'hectare, répétait le vieux avec obstination en se donnant des claques sur la cuisse. Demain, je louerai à cent francs, si je veux… Et qu'est-ce que ça vaut donc, pour vous autres? Dites un peu voir ce que ça vaut?

—Ça vaut soixante francs, dit Buteau.

Fouan, hors de lui, maintenait son prix, entrait dans un éloge outré de sa terre, une si bonne terre, qui donnait du blé toute seule, lorsque Delhomme, silencieux jusque-là, déclara avec son grand accent d'honnêteté: