—Ça vaut quatre-vingts francs, pas un sou de plus, pas un sou de moins.

Tout de suite, le vieux se calma.

—Bon! mettons quatre-vingts; je veux bien faire un sacrifice pour mes enfants.

Mais Rose, qui l'avait tiré par un coin de sa blouse, lâcha un seul mot, la révolte de sa ladrerie:

—Non, non!

Jésus-Christ s'était désintéressé. La terre ne lui tenait plus au coeur, depuis ses cinq ans d'Afrique. Il ne brûlait que d'un désir, avoir sa part, pour battre monnaie. Aussi continuait-il à se dandiner d'un air goguenard et supérieur.

—J'ai dit quatre-vingts, criait Fouan, c'est quatre-vingts! Je n'ai jamais eu qu'une parole: devant Dieu, je le jure! Neuf hectares et demi, voyons, ça fait sept cent soixante francs, en chiffres ronds huit cents… Eh bien! la pension sera de huit cents francs, c'est juste!

Violemment, Buteau éclata de rire, pendant que Fanny protestait d'un branle de la tête, comme stupéfiée. Et M. Baillehache, qui, depuis la discussion, regardait dans son jardin, les yeux vagues, revint à ses clients, sembla les écouter en se tirant les favoris de son geste maniaque, assoupi par la digestion du fin déjeuner qu'il avait fait.

Cette fois, pourtant, le vieux avait raison: c'était juste. Mais les enfants, échauffés, emportés par la passion de conclure le marché au plus bas prix possible, se montraient terribles, marchandaient, juraient, avec la mauvaise foi des paysans qui achètent un cochon.

—Huit cents francs! ricanait Buteau. C'est donc que vous allez vivre comme des bourgeois?… Ah bien! huit cents francs, on mangerait quatre! dites tout de suite que c'est pour vous crever d'indigestion!