Buteau ne laissa pas à Fouan le temps de répondre. Il avait repris, avec une fureur croissante:

—Hein? tu as le toupet!… Un vieux de trente-trois ans, épouser une jeunesse de dix-huit! Rien que quinze ans de différence! Est-ce que ce n'est pas une dégoûtation?… On t'en donnera, des poulettes, pour ton sale cuir!

Jean commençait à se fâcher.

—Qu'est-ce que ça te fiche, si je veux d'elle et si elle veut de moi!

Et il se tourna vers Françoise, pour qu'elle se prononçât. Mais elle restait effarée, raidie, sans avoir l'air de comprendre. Elle ne pouvait pas dire non, elle ne dit pas oui, pourtant. Buteau, d'ailleurs, la regardait à la tuer, à lui renfoncer le oui dans la gorge. Si elle se mariait, il la perdait, il perdait aussi la terre. La pensée brusque de cette conséquence acheva de l'enrager.

—Voyons, papa, voyons, Delhomme, ça ne vous dégoûte pas, cette gamine à ce vieux bougre, qui n'est pas même du pays, qui vient on ne sait d'où, après avoir roulé partout sa bosse?… Un menuisier manqué, qui s'est fait paysan, parce que, bien sûr, il avait à cacher quelque sale affaire!

Toute sa haine de l'ouvrier des villes éclatait.

—Et après? si je veux d'elle et si elle veut de moi! répéta Jean, qui se contenait et qui s'était promis, par gentillesse, de la laisser conter la première leur histoire. Allons, Françoise, cause un peu.

—Mais c'est vrai! cria Lise, qu'emportait le désir de marier sa soeur, pour s'en débarrasser, qu'as-tu à dire, s'ils se conviennent? Elle n'a pas besoin de ton consentement, elle est bien bonne de ne pas t'envoyer promener… Tu nous embêtes à la fin!

Alors, Buteau vit que la chose allait être faite, si la jeune fille parlait. Ce qu'il redoutait surtout, c'était que, la liaison étant connue, le mariage fût regardé comme raisonnable. Justement, la Grande entrait dans la cour, suivie des Charles, qui revenaient avec Élodie. Et il les appela du geste, sans savoir encore ce qu'il dirait. Puis, la face gonflée, il trouva, il gueula, en menaçant du poing sa femme et sa belle-soeur: