—C'est des idées d'innocent qui lui passent, dit Buteau en haussant les épaules.
Il y eut un silence, tous les deux regardaient les papiers, réfléchissant.
—Alors, quoi? finit par murmurer Lise, faut les remettre, hein? Mais, d'un geste énergique, il refusa.
—Oh! si, si, faut les remettre…. Il les cherchera, il criera, ça nous ferait une belle histoire, avec les autres cochons de la famille.
Elle s'interrompit une troisième fois, saisie d'entendre le père pleurer. C'était une misère, un désespoir immense, des sanglots qui semblaient venir de toute sa vie et sans qu'on sût pourquoi, car il répétait seulement d'une voix de plus en plus creuse:
—C'est foutu… c'est foutu… c'est foutu….
—Et tu crois, reprit violemment Buteau, que je vas laisser ses papiers à ce vieux-là qui perd la boule!… Pour qu'il les déchire ou qu'il les brûle, ah! non, par exemple!
—Ça, c'est bien vrai, murmura-t-elle.
—Alors, en v'là assez, couchons-nous…. S'il les demande, je lui répondrai, j'en fais mon affaire. Et que les autres ne m'embêtent pas!
Ils se couchèrent, après avoir, à leur tour, caché les papiers sous le marbre d'une vieille commode, ce qui leur semblait plus sûr qu'au fond d'un tiroir fermé à clef. Le père, laissé seul, sans chandelle, de crainte du feu, continua a causer et à sangloter toute la nuit, dans son délire.