Elle rougit davantage, elle ne sut que répondre, tant cette parole d'un garçon aimable la bouleversait dans son innocence.
Le matin, Nénesse, en finaud, n'avait risqué que la moitié de l'affaire. Depuis l'enterrement, où il avait aperçu Élodie, son plan s'était élargi tout d'un coup: non seulement il aurait le 19, mais il voulait aussi la jeune fille. L'opération était simple. D'abord, rien à débourser, il ne la prendrait qu'avec la maison en dot; ensuite, si elle ne lui apportait actuellement que cette dot compromise, plus tard elle hériterait des Charles, une vraie fortune. Et c'était pourquoi il avait amené son père, résolu à faire immédiatement sa demande.
Un instant, on parla de la température qui était vraiment douce pour la saison. Les poiriers avaient bien fleuri, mais la fleur tiendrait-elle! On finissait de boire le café, la conversation tomba.
—Ma mignonne, dit brusquement M. Charles à Élodie, tu devrais aller faire un tour au jardin.
Il la renvoyait, ayant hâte de vider le sac aux Delhomme.
—Pardon, mon oncle, interrompit Nénesse, si c'était un effet de votre bonté que ma cousine restât avec nous… J'ai à vous parler de quelque chose qui l'intéresse; et, n'est-ce pas, vaut toujours mieux terminer les affaires d'un coup que de s'y reprendre à deux fois.
Alors, se levant, il fit la demande, en garçon bien élevé.
—C'est donc pour vous dire que je serais très heureux d'épouser ma cousine, si vous y consentiez, et si elle y consentait elle-même.
La surprise fut grande. Mais Élodie surtout en parut révolutionnée, à ce point que, quittant sa chaise, elle se jeta au cou de madame Charles, dans un effarement de pudeur qui empourprait ses oreilles; et sa grand-mère s'épuisait à la calmer.
—Voyons, voyons, mon petit lapin, c'est trop, sois donc raisonnable!… On ne te mange pas, parce qu'on te demande en mariage… Ton cousin n'a rien dit de mal, regarde-le, ne fais pas la bête.