Et, s'adressant à Saccard:
«Ah! monsieur, on parle de vous avec tant d'éloges!... Nous ne pouvons aller nulle part, sans qu'on nous raconte des choses très belles, très touchantes. Ce n'est pas seulement la princesse d'Orviedo, ce sont toutes mes amies qui sont enthousiastes de votre œuvre. Beaucoup me jalousent d'être de vos premières actionnaires, et si on les écoutait, on vendrait jusqu'à ses matelas, pour prendre de vos actions.»
Elle plaisantait doucement.
«Je les trouve même un peu folles, oui! un peu folles, oui! C'est sans doute que je ne suis plus assez jeune.... Ma fille est une de vos admiratrices. Elle croit en votre mission, elle fait de la propagande dans tous les salons où je la mène.»
Charmé, Saccard, regarda Alice, et elle était en ce moment si animée, si vibrante de foi, qu'elle lui parut vraiment très jolie, malgré son teint jaune et son cou trop mince, déjà fané. Aussi se trouvait-il grand et bon, à l'idée d'avoir fait le bonheur de cette triste créature, que l'espoir d'un mari suffisait à embellir.
«Oh! d'une voix basse et comme lointaine, c'est si beau, cette conquête, là-bas.... Oui, une ère nouvelle, la croix rayonnante...»
C'était le mystère, ce que personne ne disait; et sa voix baissait encore, se perdait en un souffle de ravissement. Lui, d'ailleurs, la faisait taire d'un geste amical; car il ne tolérait pas qu'on parlât en sa présence de la grande chose, le but suprême et caché. Son geste enseignait qu'il fallait toujours y tendre, mais n'en jamais ouvrir les lèvres. Dans le sanctuaire, les encensoirs se balançaient, aux mains des quelques initiés.
Après un silence attendri, la comtesse se leva enfin.
«Eh bien, monsieur, je suis convaincue, je vais écrire à mon notaire que j'accepte l'offre qui se présente pour les Aublets.... Que Dieu me pardonne si je fais mal!»
Saccard, debout, déclara avec une gravité émue: