Tous les trois s'égayèrent. Et Mme Caroline, qui s'était assise, eut un geste de tolérance et d'abandon. Pouvait-on se laisser manger et ne pas manger les autres? C'était la vie. Il aurait fallu des vertus trop sublimes ou la solitude sans tentation d'un cloître.

«Voyons, voyons! continuait-il gaiement, n'ayez pas l'air de cracher sur l'argent c'est idiot d'abord, et ensuite il n'y a que les impuissants qui dédaignent une force.. Ce serait illogique de vous tuer au travail pour enrichir les autres, sans vous tailler votre légitime part. Autrement, couchez-vous et dormez!»

Il les dominait, ne leur permettait plus de placer un mot.

«Savez-vous que vous allez bientôt avoir en poche une jolie somme!... Attendez!»

Et, avec une pétulance d'écolier, il s'était précipité à la table de Mme Caroline, avait pris un crayon et une feuille de papier, sur laquelle il alignait des chiffres.

«Attendez! Je vais vous faire votre compte. Oh! je le connais.... Vous avez eu, à la fondation, cinq cents actions, doublées une première fois, puis doublées encore, ce qui vous en fait actuellement deux mille. Vous en aurez donc trois mille, après notre émission prochaine.»

Hamelin tenta de l'interrompre.

«Non! non! je sais que vous avez de quoi les payer, avec les trois cent mille francs de votre héritage d'une part, et avec votre million de Sadowa de l'autre.... Regardez! vos deux mille premières actions vous ont coûté quatre cent trente-cinq mille francs, les mille autres vous coûteront huit cent cinquante mille francs, en tout douze cent quatre-vingt-cinq mille francs.... Donc, il vous restera encore quinze mille francs pour faire le jeune homme, sans compter vos appointements de trente mille francs, que nous allons porter à soixante mille.»

Étourdis, tous deux l'écoutaient, finissaient par s'intéresser violemment à ces chiffres.

«Vous voyez bien que vous êtes honnêtes, que vous payez ce que vous prenez.... Mais tout ça, c'est des bagatelles. J'en voulais venir à ceci...»