Une fatigue immense, un suprême découragement envahit la comtesse. Le dernier orgueil qui la tenait debout, venait de se briser; et toute sa violence, toute sa force tomba. Elle joignit les mains, elle bégayait.

«Mais vous voyez où nous en sommes. Regardez donc cette chambre.... Nous n'avons plus rien, demain peut-être il ne nous restera pas de quoi manger.... Où voulez-vous que je prenne de l'argent, dix mille francs, mon Dieu!»

Busch eut un sourire d'homme accoutumé à pécher dans ces ruines.

«Oh! les dames comme vous ont toujours des ressources. En cherchant bien, on trouve.»

Depuis un moment, il guettait sur la cheminée un vieux coffret à bijoux, que la comtesse avait laissé là, le matin, en achevant de vider une malle; et il flairait des pierreries, avec la certitude de l'instinct. Son regard brilla d'une telle flamme, qu'elle en suivit la direction et comprit.

«Non, non! cria-t-elle, les bijoux, jamais!»

Et elle saisit le coffret, comme pour le défendre. Ces derniers bijoux depuis si longtemps dans la famille, ces quelques bijoux qu'elle avait gardés au travers des plus grandes gênes, comme l'unique dot de sa fille, et qui restaient à cette heure sa suprême ressource!

«Jamais, j'aimerais mieux donner de ma chair!»

Mais, à cette minute, il y eut une diversion, Mme Caroline frappa et entra. Elle arrivait bouleversée, elle demeura saisie de la scène au milieu de laquelle elle tombait. D'un mot, elle avait prié la comtesse de ne point se déranger; et elle serait partie, sans un geste suppliant de celle-ci, qu'elle crut comprendre. Immobile au fond de la pièce, elle s'effaça.

Busch venait de remettre son chapeau, tandis que, de plus en plus mal à l'aise, Léonide gagnait la porte.