Martine, heureusement, dans le grand silence de la maison vide, avait entendu. Elle s'habilla, s'enveloppa d'un châle, monta vivement, avec sa bougie. La nuit était profonde encore, le petit jour allait paraître. Et, quand elle aperçut son maître dont les yeux seuls vivaient, qui la regardait, les mâchoires serrées, la langue liée, le visage ravagé par l'angoisse, elle s'épouvanta, s'effara, ne put que se jeter vers le lit, criant:

—Mon Dieu! mon Dieu! monsieur, qu'avez-vous?… Répondez-moi, monsieur, vous me faites peur!

Pendant une grande minute, Pascal étouffa davantage, ne parvenant pas à retrouver son souffle. Puis, l'étau de ses côtes se desserrant peu à peu, il murmura très bas:

—Les cinq mille francs du secrétaire sont à Clotilde…. Vous lui direz que c'est arrangé chez le notaire, qu'elle retrouvera là de quoi vivre….

Alors, Martine qui l'avait écouté, béante, se désespéra, confessa son mensonge, ignorant les bonnes nouvelles apportées par Ramond.

—Monsieur, il faut me pardonner, j'ai menti. Mais ce serait mal de mentir davantage…. Quand je vous ai vu seul, et si malheureux, j'ai pris sur mon argent….

—Ma pauvre fille, vous avez fait ça!

—Oh! j'ai bien espéré un peu que monsieur me le rendrait un jour!

La crise se calmait, il put tourner la tête et la regarder. Il était stupéfait et attendri. Que s'était-il donc passé dans le coeur de cette vieille fille avare, qui pendant trente années avait durement amassé son trésor, qui n'en avait jamais sorti un sou, ni pour les autres ni pour elle? Il ne comprenait pas encore, il voulut simplement se montrer reconnaissant et bon.

—Vous êtes une brave femme, Martine. Tout cela vous sera rendu…. Je crois bien que je vais mourir….