Elle retourna dans la chambre, sur la pointe des pieds, et revint tout de suite.

—Mais oui, elle dort!… Ses yeux sont fermés, elle ne bouge plus.

Alors, toutes deux allèrent la voir, retenant leur souffle, évitant le moindre craquement du parquet, avec des soins infinis. Clotilde, en effet, venait de s'endormir, et son anéantissement paraissait tel, que les deux vieilles femmes s'enhardissaient. Mais elles craignaient pourtant de l'éveiller, si elles la frôlaient, car elle avait sa chaise placée contre le lit même. Et c'était aussi un acte sacrilège et terrible, dont l'épouvante les prenait, que de glisser la main sous l'oreiller du mort et de le voler. N'allait-il pas falloir le déranger dans son repos? ne remuerait-il pas, sous la secousse? Cela les faisait pâlir.

Félicité, déjà, s'était avancée, le bras tendu. Mais elle recula.

—Je suis trop petite, bégaya-t-elle. Essayez donc, vous, Martine.

La servante, à son tour, s'approcha du lit. Elle fut prise d'un tel tremblement, qu'elle dut, elle aussi, revenir en arrière, pour ne pas tomber.

—Non, non, je ne puis pas! Il me semble que monsieur va ouvrir les yeux.

Et, frissonnantes, éperdues, elles restèrent encore un instant dans la chambre, pleine du grand silence et de la majesté de la mort, en face de Pascal immobile à jamais et de Clotilde anéantie, sous l'écrasement de son veuvage. La noblesse d'une haute vie de travail leur apparut peut-être sur cette tête muette, qui, de tout son poids, gardait son oeuvre. La flamme des cierges brûlait très pâle. Une terreur sacrée passait, qui les chassa.

Félicité, si brave, qui n'avait, autrefois, reculé devant rien, pas même devant le sang, s'enfuyait comme poursuivie.

—Venez, venez, Martine. Nous trouverons autre chose, nous allons chercher un outil.