Dans la salle, elles respirèrent. La servante se souvint alors que la clef du secrétaire devait être sur la table de nuit de monsieur, où elle l'avait aperçue la veille, au moment de la crise. Elles y allèrent voir. La mère n'eut aucun scrupule, ouvrit le meuble. Mais elle n'y trouva que les cinq mille francs, qu'elle laissa au fond du tiroir, car l'argent ne la préoccupait guère. Vainement, elle chercha l'Arbre généalogique, qu'elle savait là d'habitude. Elle aurait si volontiers commencé par lui son oeuvre de destruction! Il était resté sur le bureau du docteur, dans la salle, et elle ne devait pas même l'y découvrir, au milieu de la fièvre de passion qui lui faisait fouiller les meubles fermés, sans lui laisser le calme lucide de procéder méthodiquement, autour d'elle.
Son désir la ramena, elle revint se planter devant l'armoire, la mesurant, l'enveloppant d'un regard ardent de conquête. Malgré sa petite taille, malgré ses quatre-vingts ans passés, elle se dressait, dans une activité, une dépense de force extraordinaire.
—Ah! répéta-t-elle, si j'avais un outil!
Et elle cherchait de nouveau la lézarde du colosse, la fente où elle allait introduire les doigts, pour le faire éclater. Elle imaginait des plans d'assaut, elle rêvait des violences, puis elle retombait à la ruse, à quelque traîtrise qui lui ouvrirait les battants, rien qu'en soufflant dessus.
Brusquement, son regard brilla, elle avait trouvé.
—Dites donc, Martine, il y a un crochet qui retient le premier battant?
—Oui, madame, il s'accroche dans un piton, en dessus de la planche du milieu…. Tenez! il se trouve à la hauteur de cette moulure, à peu près.
Félicité eut un geste de victoire certaine.
—Vous avez bien une vrille, une grosse vrille?… Donnez-moi une vrille!
Vivement, Martine descendit à sa cuisine et rapporta l'outil demandé.