—Bonjour, mon garçon…. Et elle a raison, vois-tu, on ne se porte bien qu'au soleil, comme les arbres!
Vivement, Félicité était allée jusqu'à la maison. Elle revint en criant:
—Charles n'est donc pas ici?
—Non, dit Clotilde. Nous l'avons eu hier. L'oncle Macquart l'a emmené, et il doit passer quelques jours aux Tulettes.
Félicité se désespéra. Elle n'était accourue que dans la certitude de trouver l'enfant chez Pascal. Comment faire, maintenant? Le docteur, de son air paisible, proposa d'écrire à l'oncle, qui le ramènerait, dès le lendemain matin. Puis, quand il sut que Maxime voulait absolument repartir par le train de neuf heures, sans coucher, il eut une autre idée. Il allait envoyer chercher un landau, chez le loueur, et l'on irait tous les quatre voir Charles, chez l'oncle Macquart. Ce serait même une charmante promenade. Il n'y avait pas trois lieues de Plassans aux Tulettes: une heure pour aller, une heure pour revenir, on aurait encore près de deux heures à rester là-bas, si l'on voulait être de retour à sept heures. Martine ferait à dîner, Maxime aurait tout le temps de manger et de prendre son train.
Mais Félicité s'agitait, visiblement inquiète de cette visite à Macquart.
—Ah bien, non! si vous croyez que je vais aller là-bas, par ce temps d'orage…. Il est bien plus simple d'envoyer quelqu'un qui nous ramènera Charles.
Pascal hocha la tête. On ne ramenait pas toujours Charles comme on voulait. C'était un enfant sans raison, qui, parfois, galopait au moindre caprice, ainsi qu'un animal indompté. Et la vieille madame Rougon, combattue, furieuse de n'avoir rien pu préparer, dut finir par céder, dans la nécessité où elle était de s'en remettre au hasard.
—Après tout, comme vous voudrez! Mon Dieu, que les choses s'arrangent mal!
Martine courut chercher le landau, et trois heures n'étaient pas sonnées, lorsque les deux chevaux enfilèrent la route de Nice, dévalant la pente qui descendait jusqu'au pont de la Viorne. On tournait ensuite à gauche, pour longer pendant près de deux kilomètres les bords boisés de la rivière. Puis, la route s'engageait dans les gorges de la Seille, un défilé étroit entre deux murs géants de roches cuites et dorées par les violents soleils. Des pins avaient poussé dans les fentes; des panaches d'arbres, à peine gros d'en bas comme des touffes d'herbe, frangeaient les crêtes, pendaient sur le gouffre. Et c'était un chaos, un paysage foudroyé, un couloir de l'enfer, avec ses détours tumultueux, ses coulures de terre sanglante glissées de chaque entaille, sa solitude désolée que troublait seul le vol des aigles.