—Bah! interrompit Maxime, aura-t-elle vraiment raison?… Pour être malheureuse peut-être, il y a tant de mauvais ménages!
Et, se décidant:
—Tu ne sais pas ce que tu devrais faire?… Eh bien! tu devrais venir à Paris vivre avec moi…. J'ai réfléchi, cela m'effraye un peu de prendre la charge d'un enfant, dans mon état de santé. Ne suis-je pas un enfant moi-même, un malade qui a besoin de soins?… Tu me soignerais, tu serais là, si je venais à perdre décidément les jambes.
Sa voix s'était brisée, dans un attendrissement sur lui-même. Il se voyait infirme, il la voyait à son chevet, en soeur de charité; et, si elle consentait à rester fille, il lui laisserait volontiers sa fortune, pour que son père ne l'eût pas. La terreur qu'il avait de la solitude, le besoin où il serait peut-être bientôt de prendre une garde-malade, le rendaient très touchant.
—Ce serait bien gentil de ta part, et tu n'aurais pas à t'en repentir.
Mais Martine, qui servait le rôti, s'était arrêtée de saisissement; et la proposition, autour de la table, causait la même surprise. Félicité, la première, approuva, en sentant que ce départ aiderait ses projets. Elle regardait Clotilde, muette encore et comme étourdie; tandis que le docteur Pascal, très pâle, attendait.
—Oh! mon frère, mon frère, balbutia la jeune fille, sans trouver d'abord autre chose.
Alors, la grand'mère intervint.
—C'est tout ce que tu dis? Mais c'est très bien, ce que ton frère te propose. S'il craint de prendre Charles maintenant, tu peux toujours y aller, toi; et, plus tard, tu feras venir le petit…. Voyons, voyons, ça s'arrange parfaitement. Ton frère s'adresse à ton coeur…. Pascal, n'est-ce pas qu'elle lui doit une bonne réponse?
Le docteur, d'un effort, était redevenu maître de lui. On sentait pourtant le grand froid qui l'avait glacé. Il parla avec lenteur.