—Mais, murmura-t-elle, il ne se plaint que de rhumatismes.

Pascal haussa les épaules; et, mettant un doigt sur ses lèvres, il passa dans la salle à manger, où déjà Félicité et Maxime étaient assis.

Le dîner fut très amical. La brusque inquiétude, née au coeur de Clotilde, la rendit tendre pour son frère, qui se trouvait placé près d'elle. Gaiement, elle le soignait, le forçait à prendre les meilleurs morceaux. Deux fois, elle rappela Martine, qui passait les plats trop vite. Et Maxime, de plus en plus, était séduit par cette soeur si bonne, si bien portante, si raisonnable, dont le charme l'enveloppait comme d'une caresse. Elle le conquérait à un tel point, que, peu à peu, un projet, vague d'abord, se précisait en lui. Puisque son fils, le petit Charles, l'avait tant effrayé avec sa beauté de mort, son air royal d'imbécillité maladive, pourquoi n'emmènerait-il pas sa soeur Clotilde? L'idée d'une femme dans sa maison le terrifiait bien, car il les redoutait toutes, ayant joui d'elles trop jeune; mais celle-ci lui paraissait vraiment maternelle. D'autre part, une femme honnête, chez lui, cela le changerait et serait très bon. Son père, au moins, n'oserait plus lui envoyer des filles, comme il le soupçonnait de le faire, pour l'achever et avoir tout de suite son argent. La terreur et la haine de son père le décidèrent.

—Tu ne te maries donc pas? demanda-t-il, voulant sonder le terrain.

La jeune fille se mit à rire.

—Oh! rien ne presse.

Puis, d'un air de boutade, regardant Pascal qui avait levé la tête:

—Est-ce qu'on sait?… Je ne me marierai jamais.

Mais Félicité se récria. Quand elle la voyait si attachée au docteur, elle souhaitait souvent un mariage qui l'en détacherait, qui laisserait son fils isolé, dans un intérieur détruit, où elle-même deviendrait toute-puissante, maîtresse des choses. Aussi l'appela-t-elle en témoignage: n'était-ce pas vrai qu'une femme devait se marier, que cela était contre nature, de rester vieille fille? Et, gravement, il l'approuvait, sans quitter Clotilde des yeux.

—Oui, oui, il faut se marier…. Elle est trop raisonnable, elle se mariera….