Les Hubert hochèrent la tête. En effet, un pareil travail demandait des soins infinis. Hubertine, cependant, se tourna vers la jeune fille.

—Je pourrais t'aider, je me chargerais des ornements, et tu n'aurais à faire que la figure.

Angélique examinait toujours la sainte, dans son trouble.

Non, non! elle refusait, elle se défendait contre la douceur d'accepter. Ce serait très mal, d'être complice; car, sûrement, Félicien mentait, elle sentait bien qu'il n'était pas pauvre, qu'il se cachait sous ce vêtement d'ouvrier; et cette simplicité jouée; toute cette histoire pour pénétrer jusqu'à elle, la mettait en garde, amusée et heureuse au fond, le transfigurant, voyant le royal prince qu'il devait être, dans l'absolue certitude où elle vivait de la réalisation entière de son rêve.

—Non, répéta-t-elle à demi-voix, nous n'aurions pas le temps.

Et, sans lever les yeux, elle continua, comme se parlant à elle-même:

—Pour la sainte, on ne peut employer ni le passé, ni la guipure. Ce serait indigne.... Il faut une broderie en or nué.

—Justement, dit Félicien, je songeais à cette broderie, je savais que mademoiselle en avait retrouvé le secret.... On en voit encore un assez beau fragment à la sacristie.

Hubert se passionna.—Oui, oui, il est du quinzième siècle, il a été brodé par une de mes arrière-grand-mères.... De l'or nué, ah! il n'y avait pas de plus beau travail, monsieur. Mais il demandait trop de temps, il coûtait trop cher, puis il exigeait de vraies artistes. Voici deux cents ans que ce travail ne se fait plus.... Et si ma fille refuse, vous pouvez y renoncer, car elle seule aujourd'hui est capable de l'entreprendre, et je n'en connais pas d'autre ayant la finesse nécessaire de l'œil et de la main.

Hubertine, depuis qu'on parlait de l'or nué, était devenue respectueuse. Elle ajouta, convaincue: