Depuis quinze jours qu'elles ne disaient pas un mot des choses dont leurs cœurs débordaient, elle était touchée de cette force et de cette loyauté à tenir un serment. Une brusque tendresse lui fit ouvrir les deux bras, et la jeune fille se jeta sur sa poitrine, et toutes deux, muettes, s'étreignirent.

Puis, lorsque Hubertine put parler:

—Ah! ma pauvre enfant, j'ai attendu d'être seule avec toi, il faut que tu saches.... Tout est fini, bien fini.

Éperdue, Angélique s'était redressée, criant:

—Félicien est mort!

—Non, non.

—S'il ne vient pas, c'est qu'il est mort!

Et Hubertine dut expliquer que, le lendemain de la procession, elle l'avait vu, pour exiger également de lui le serment de ne plus reparaître, tant qu'il n'aurait pas l'autorisation de Monseigneur. C'était un congé définitif, car elle savait le mariage impossible. Elle l'avait bouleversé, en lui montrant sa mauvaise action, cette pauvre fille confiante, ignorante, qu'il compromettait, sans pouvoir l'épouser un jour; et il s'était écrié, lui aussi, qu'il mourrait du chagrin de ne pas la revoir, plutôt que d'être déloyal. Le soir même, il se confessait à son père.

—Voyons, reprit Hubertine, tu as tant de courage, que je te parle sans ménagement.... Ah! si tu savais, mignonne, comme je te plains et comme je t'admire, depuis que je te sens si fière, si brave, à te taire et à être gaie, lorsque ton cœur éclate.... Mais il t'en faut encore, du courage, beaucoup, beaucoup.... J'ai rencontré cet après-midi l'abbé Cornille. Tout est fini, Monseigneur ne veut pas.

Elle s'attendait à une crise de larmes, et elle s'étonna de la voir, très pâle, se rasseoir, l'air tranquille. La vieille table de chêne venait d'être desservie, une lampe éclairait l'antique salle commune, dont la paix n'était troublée que par le petit frémissement du coquemar.