— Mais non, ma tante, dit la Sarriette, c'est vous qui n'avez jamais eu que de vilaines paroles pour moi.
Elles se réconcilièrent sur-le-champ, elles s'embrassèrent. La nièce promit de ne plus être taquine; la tante jura, sur ce qu'elle avait de plus sacré, qu'elle regardait la Sarriette comme sa propre fille. Alors mademoiselle Saget leur donna des conseils sur la façon dont elles devaient se conduire pour forcer Gavard à ne pas gaspiller son bien. Il fut convenu que les Quenu-Gradelle étaient des pas grand'chose, et qu'on les surveillerait.
— Je ne sais quel mic-mac il y a chez eux, dit la vieille fille, mais ça ne sent pas bon… Ce Florent, ce cousin de madame Quenu, qu'est-ce que vous en pensez, vous autres?
Les trois femmes se rapprochèrent, baissant la voix.
— Vous savez bien, reprit madame Lecoeur, que nous l'avons vu, un matin, les souliers percés, les habits couverts de poussière, avec l'air d'un voleur qui a fait un mauvais coup… Il me fait peur, ce garçon-là.
— Non, il est maigre, mais il n'est pas vilain homme, murmura la
Sarriette.
Mademoiselle Saget réfléchissait. Elle pensait tout haut:
— Je cherche depuis quinze jours, je donne ma langue aux chiens… monsieur Gavard le connaît certainement… J'ai dû le rencontrer quelque part, je me souviens plus…
Elle fouillait encore sa mémoire, quand la Normande arriva comme une tempête. Elle sortait de la charcuterie.
— Elle est polie, cette grande bête de Quenu! s'écria-t-elle, heureuse de se soulager. Est-ce qu'elle ne vient pas de me dire que je ne vendais que du poisson pourri! Ah! je vous l'ai arrangée!… En voilà une baraque, avec leurs cochonneries gâtées qui empoisonnent le monde!