Elle lui avoua qu'elle s'était évanouie, un soir, dans sa chambre, comme tout d'un coup étranglée par une main de plomb. Et elle n'avait pas de paroles mauvaises contre sa maîtresse, elle s'attendrissait au contraire: une pauvre créature, si vieille, si infirme, si bonne, qui l'appelait sa fille. Cela lui coûtait comme une vilaine action, chaque fois qu'elle l'abandonnait, pour courir chez son amant.
Deux semaines encore se passèrent. Les mensonges dont elle devait payer chaque heure de liberté, lui devinrent intolérables. Maintenant, c'était frémissante de honte qu'elle rentrait dans cette maison rigide, où son amour lui semblait une tache. Elle s'était donnée, elle l'aurait crié tout haut, et son honnêteté se révoltait à cacher cela comme une faute, à mentir bassement; ainsi qu'une servante qui craint un renvoi.
Enfin, un soir, dans l'atelier, au moment où elle partait une fois encore, Christine se jeta entre les bras de Claude, éperdument, sanglotant de souffrance et de passion.
«Ah! je ne peux pas, je ne peux pas... Garde-moi donc, empêche-moi de retourner là-bas!» Il l'avait saisie, il l'embrassait à l'étouffer.
«Bien vrai? tu m'aimes! Oh! cher amour!... Mais je n'ai rien, moi, et tu perdrais tout. Est-ce que je puis tolérer que tu te dépouilles ainsi?» Elle sanglot à plus fort, ses paroles bégayées se brisaient dans ses larmes.
«Son argent, n'est-ce pas? ce qu'elle me laisserait... Tu crois donc que je calcule? Jamais je n'y ai songé, je te le jure. Ah! qu'elle garde tout et que je sois libre!...
Moi, je ne tiens à rien ni à personne, je n'ai aucun parent, ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux? Je ne demande point que tu m'épouses, je demande seulement à vivre avec toi...» Puis, dans un dernier sanglot de torture:
«Ah! tu as raison, c'est mal de l'abandonner, cette pauvre femme! Ah! je me méprise, je voudrais avoir la force... Mais je t'aime trop, je souffre trop, je ne peux pourtant pas en mourir.
—Reste! reste! cria-t-il. Et que ce soient les autres qui meurent, il n'y a que nous deux!» Il l'avait assise sur ses genoux, tous deux pleuraient et riaient, en jurant au milieu de leurs baisers qu'ils ne se sépareraient jamais, jamais plus.
Ce fut une folie. Christine quitta brutalement Mme Vanzade, emporta sa malle, dès le lendemain. Tout de suite, Claude et elle avaient évoqué la vieille maison déserte de Bennecourt; les rosiers géants, les pièces immenses.