—Taisez-vous, dit-il brusquement, vous êtes un sot. Je mourrais dans vos tiédeurs molles. Votre vie plantureuse est bonne pour les chats bâtards. Les chats libres n'achèteront jamais au prix d'une prison votre mou et votre coussin de plume… Adieu.

Et il remonta sur ses toits. Je vis sa grande silhouette maigre frissonner d'aise aux caresses du soleil levant.

Quand je rentrai, votre tante prit le martinet et m'administra une correction que je reçus avec une joie profonde. Je goûtai largement la volupté d'avoir chaud et d'être battu. Pendant qu'elle me frappait, je songeais avec délices à la viande qu'elle allait me donner ensuite.

VI

Voyez-vous,—a conclu mon chat, en s'allongeant devant la braise,—le véritable bonheur, le paradis, mon cher maître, c'est d'être enfermé et battu dans une pièce où il y a de la viande.

Je parle pour les chats.

LILI

I

Tu arrives des champs, Ninon, des vrais champs, aux senteurs âpres, aux horizons larges. Tu n'es pas assez sotte pour aller t'enfermer dans un Casino, au bord de quelque plage mondaine. Tu vas où ne va pas la foule, dans un trou de feuillage, en pleine Bourgogne. Ta retraite est une maison blanche, cachée comme un nid au milieu des arbres. C'est là que tu vis tes printemps, dans la santé de l'air libre. Aussi quand tu me reviens pour quelques jours, tes bonnes amies sont-elles étonnées de tes joues aussi fraîches que tes aubépines, de tes lèvres aussi rouges que les églantiers.

Mais ta bouche est toute sucrée, et je jurerais qu'hier encore tu mangeais des cerises. C'est que tu n'es pas une petite maîtresse qui craint les guêpes et les ronces. Tu marches bravement au grand soleil, sachant bien que le hâle de ton cou a des transparences d'ambre fin. Et tu cours les champs en robe de toile, sous ton large chapeau, comme une paysanne amie de la terre. Tu coupes les fruits avec tes petits ciseaux de brodeuse, faisant une maigre besogne, il est vrai, mais travaillant de tout ton coeur et rentrant au logis, fière des égratignures roses que les chardons ont laissées sur tes mains blanches.