—C'est moi, moi qu'il aime! La dernière fois, il m'a juré, tu entends! juré sur son honneur, qu'il ne t'aimait pas, que jamais il ne t'épouserait.
Camille, riant de son rire aigu, prit un air d'apitoiement railleur.
—Ah! ma pauvre maman, tu me fais de la peine. Es-tu assez enfant! Oui, en vérité, c'est toi qui es l'enfant... Comment! toi qui devrais avoir tant d'expérience, tu te laisses prendre encore aux protestations d'un homme! Et celui-là n'est pas méchant, et c'est même pourquoi il te jure tout ce que tu veux, un peu lâche au fond, désireux surtout de te faire plaisir.
—Tu mens, tu mens!
—Voyons, raisonne... S'il ne vient plus, s'il a esquivé ce matin le déjeuner, c'est qu'il a de toi par-dessus la tête. Tu es lâchée, ma pauvre maman, il faut que tu aies le courage de te bien mettre cela dans la tête. Il reste gentil, parce qu'il est bien élevé et qu'il ne sait comment rompre. Enfin, il a pitié de toi.
—Tu mens, tu mens!
—Mais questionne-le, en bonne mère que tu devrais être. Aie une franche explication avec lui, demande-lui amicalement ce qu'il entend faire. Et sois gentille à ton tour, comprends que, si tu l'aimes, tu devrais me le donner tout de suite, dans son intérêt. Rends-lui sa liberté, tu verras bien que c'est moi qu'il aime.
—Tu mens, tu mens!... Ah! misérable enfant, qui ne veux que me torturer et me tuer!
Et, dans sa furieuse détresse, Eve se rappela qu'elle était la mère, qu'elle devait corriger cette fille indigne. Elle ne trouva pas de bâton, elle arracha de la corbeille des roses jaunes, qui les grisaient toutes deux de leur puissante odeur, une poignée de ces fleurs à hautes tiges épineuses, et elle en souffleta Camille. Une goutte de sang parut à la tempe gauche, près de la paupière.
Sous la correction, la jeune fille, pourpre, affolée, s'était jetée en avant, la main haute, prête à frapper, elle aussi.