—Mais, dit doucement Pierre, ce n'est pas un grand mal, si la guerre disparaît.
Le général s'irrita d'abord.
—Ah bien! vous aurez de jolis peuples, si l'on ne se bat plus!
Puis, il voulut se montrer pratique.
—Remarquez que la guerre n'a jamais coûté autant d'argent que depuis le temps où elle n'est plus possible. Notre paix défensive, nos nations en armes ruinent les Etats, simplement. Si ce n'est pas la défaite, c'est la banqueroute certaine... En tout cas, l'état militaire est un état perdu, où il n'y a plus rien à faire. La foi s'en va, on le désertera peu à peu, comme on déserte l'état religieux.
Et il eut un geste de désolation, la malédiction du soldat d'autrefois à ce parlement, à cette Chambre républicaine, comme s'il l'accusait des jours qui devaient venir, où le soldat ne serait plus que le citoyen.
Le petit Massot hochait la tête, trouvant sans doute le sujet d'article trop sérieux pour lui. Il coupa court, en disant:
—Tiens! monseigneur Martha est dans la tribune diplomatique, avec l'ambassadeur d'Espagne... Vous savez qu'on dément sa candidature dans le Morbihan. Il est bien trop fin pour vouloir se compromettre à être député, lorsqu'il tient les ficelles qui font mouvoir ici la plupart des catholiques ralliés au gouvernement républicain.
Pierre, en effet, venait d'apercevoir le visage souriant et discret de monseigneur Martha, qui s'était montré charmant pour lui, la veille, dans l'antichambre du ministre. Dès lors, il lui sembla que cet évêque prenait là une importance considérable, si modeste que voulût paraître son attitude. Il le sentait puissant et agissant, bien qu'il ne bougeât pas, qu'il se contentât de regarder, en simple curieux amusé par le spectacle. Et il revenait toujours à lui, comme s'il s'attendait à le voir tout d'un coup diriger l'action, commander aux hommes et aux choses.
—Ah! dit encore Massot, voici Mège... La séance va commencer.