Puis, comme Guillaume tentait de plaider encore et de la convaincre, elle se leva tout d'un coup, tremblante, éperdue, soulevée par un tel emportement, qu'elle en bégayait.

—Non, non! vous êtes tous des méchants, vous voulez tous me faire de la peine... J'aime mieux monter dans ma chambre.

En vain, Mère-Grand tâcha de la retenir.

—Mon enfant, mon enfant! réfléchis, c'est très vilain, tu en auras un gros regret.

—Non, non! vous n'êtes pas justes, je souffre trop.

Et, violente, elle monta dans sa chambre. Ce fut un désastre, une consternation. De telles scènes se produisaient parfois, mais rarement avec une pareille gravité. Tout de suite, Guillaume se donna tort de l'avoir poussée ainsi, surtout en la plaisantant, car elle ne pouvait tolérer l'ironie. Et il renseigna Pierre, lui raconta que, lorsqu'elle était plus jeune, elle avait eu des crises de colère affreuses, à tomber morte, devant une injustice. Comme elle l'expliquait ensuite, c'était en elle un irrésistible flot qui l'emportait, la faisait délirer. Aujourd'hui encore, elle restait, sur de tels sujets, obstinée et querelleuse. Et elle en rougissait, elle sentait parfaitement que cela, trop souvent, la rendait insupportable, insociable.

En effet, un quart d'heure plus tard, elle descendit d'elle-même, très rouge, mais reconnaissant bravement son tort.

—Hein? suis-je ridicule, suis-je mauvaise, moi qui accuse les autres d'être méchants!... Monsieur l'abbé va avoir une belle idée de moi!

Elle alla embrasser Mère-Grand.

—Vous me pardonnez, n'est-ce pas?... Oh! François peut rire à présent, et Thomas, et Antoine aussi. Ils ont bien raison, ça ne mérite que ça.