Molle, résignée, elle continuait, ne se plaignait que pour Céline, car c'était à fendre le cœur, une petite fille si futée, qui faisait tant de progrès à l'école communale et qui se trouvait réduite à battre le pavé comme une pauvresse. D'ailleurs, elle sentait bien qu'on s'écartait d'elles deux, maintenant, à cause de Salvat. Les Toussaint ne voulaient pas se compromettre dans une pareille histoire, et Charles seul avait dit qu'il comprenait qu'on perdît la tête, un beau jour, jusqu'à faire sauter les bourgeois, tant ils se conduisaient d'une façon dégoûtante.

—Moi, je ne dis rien, monsieur, parce que je ne suis qu'une pauvre femme. Et, tout de même, si vous voulez savoir ce que je pense, je pense que Salvat aurait mieux fait de ne pas faire ce qu'il a fait, parce que c'est nous deux, la petite et moi, qui en sommes les vraies punies... Voyez-vous, ça n'entre pas dans ma cervelle, la petite d'un condamné à mort...

Mais, de nouveau, Céline l'interrompit, en se jetant à son cou.

—Oh! maman, oh! maman, ne dis pas ça, je t'en prie! Ça ne peut pas être vrai, ça me fait trop de peine.

Pierre et Marie avaient échangé un regard d'infinie pitié, tandis que Mère-Grand se levait pour monter visiter ses armoires, ayant eu l'idée de donner un peu de linge et quelques vieux vêtements à ces deux misérables créatures. Guillaume, ému jusqu'aux larmes, révolté contre un monde où pouvaient se produire de telles infortunes, glissa son aumône dans la petite main de la fillette, en promettant à madame Théodore d'aller s'entendre avec son propriétaire, afin qu'il leur rendît leur chambre.

—Ah! monsieur Froment, reprit la malheureuse, Salvat avait bien raison de dire que vous étiez un brave homme... Et vous le savez aussi, que lui n'est pas un méchant, puisque vous l'avez employé pendant quelques jours... Maintenant qu'il est en prison, tout le monde parle de lui comme d'un bandit, et ça me fend le cœur.

Puis, se tournant vers madame Mathis, qui avait continué de coudre, effacée et discrète, de l'air d'une honnête bourgeoise que toutes ces choses ne devaient point regarder:

—Je vous connais, madame, et je connais surtout votre fils, monsieur Victor, qui est venu souvent causer chez nous... N'ayez pas peur, ce n'est pas moi qui le dirai, car je ne compromettrai jamais personne. Mais, si monsieur Victor pouvait parler, il n'y a que lui qui expliquerait bien les idées de Salvat.

Stupéfaite, madame Mathis la regardait. Dans son ignorance de la vraie existence et des vraies pensées de son fils, elle restait saisie, confusément terrifiée, à l'idée d'un lien possible entre lui et de telles gens. D'ailleurs, elle n'en voulut rien croire.

—Oh! vous devez vous tromper... Victor m'a dit qu'il ne venait presque jamais plus à Montmartre, toujours en voyage pour du travail.