Tout de suite, la baronne s'avança avec Gérard, car c'était par celui-ci, dont il connaissait la mère, que le prêtre avait été présenté aux Duvillard, à l'époque de la fameuse conversion. Et, comme il s'excusait de se présenter à cette heure:

—Mais vous êtes toujours le bienvenu, monsieur l'abbé... Vous permettez que je m'occupe de mes hôtes, je suis à vous dans un instant.

Elle retourna près du plateau, pour servir le café et les liqueurs, aidée de sa fille. Gérard demeura, et justement il entretint Pierre de l'Asile des Invalides du travail, où tous deux s'étaient rencontrés récemment, à l'occasion d'une cérémonie, la pose de la première pierre d'un nouveau pavillon, que l'on bâtissait grâce au don superbe de cent mille francs, fait à l'œuvre par le baron Duvillard. L'œuvre ne comptait encore que quatre pavillons, et le projet primitif en prévoyait douze, sur le vaste terrain donné par la Ville, dans la presqu'île de Gennevilliers; de sorte que la souscription restait ouverte et qu'il se menait un grand bruit de cet effort charitable, réponse retentissante et péremptoire aux mauvais esprits qui accusaient la bourgeoisie repue de ne rien faire pour les travailleurs. La vérité était qu'une magnifique chapelle, érigée au milieu du terrain, avait absorbé les deux tiers des fonds réunis. Des dames patronnesses, prises dans tous les mondes, madame la baronne Duvillard, madame la comtesse de Quinsac, madame la princesse Rosemonde de Harth, vingt autres, avaient la charge de faire vivre l'œuvre, à l'aide de quêtes et de ventes de charité. Mais, surtout, le succès était venu de l'heureuse idée d'avoir débarrassé ces dames des gros soucis de l'organisation, en choisissant pour administrateur général le rédacteur en chef du Globe, le député Fonsègue, un brasseur d'affaires prodigieux. Et le Globe faisait une propagande continue, répondait aux attaques des révolutionnaires par l'inépuisable charité des classes dirigeantes; et, lors des dernières élections, l'œuvre avait ainsi servi d'arme électorale triomphante.

Camille se promenait, une petite tasse fumante à la main.

—Monsieur l'abbé, prenez-vous du café?

—Non, merci, mademoiselle.

—Un petit verre de chartreuse alors?

—Non, merci.

Et, tout le monde étant servi, la baronne revint, pour demander aimablement:

—Voyons, monsieur l'abbé, que désirez-vous de moi?