—Monsieur l'abbé, en quoi puis-je vous être agréable?

Alors, Pierre, brièvement, présenta sa requête, conta sa visite du matin à Laveuve, donna tous les détails navrants, demanda l'admission immédiate du misérable à l'Asile.

—Laveuve? mais est-ce que son affaire n'a pas été examinée?... C'est Dutheil qui nous a présenté un rapport là-dessus, et les faits nous ont paru tels, que nous n'avons pu voter l'admission.

Le prêtre insista.

—Je vous assure, monsieur, que, si vous aviez été avec moi, ce matin, votre cœur se serait fendu de pitié. Il est révoltant qu'on laisse une heure de plus un vieillard dans cet effroyable abandon. Ce soir, il faut qu'il couche à l'Asile.

Fonsègue se récria.

—Oh! ce soir, c'est impossible, absolument impossible. Il y a toutes sortes de formalités indispensables. Et moi, d'ailleurs, je ne puis prendre seul une pareille décision, je n'ai pas ce pouvoir. Je ne suis que l'administrateur, je ne fais qu'exécuter les ordres du comité de nos dames patronnesses.

—Mais, monsieur, c'est justement madame la baronne Duvillard qui m'a envoyé à vous, en m'affirmant que vous seul aviez l'autorité nécessaire pour décider une admission immédiate, dans un cas exceptionnel.

—Ah! c'est la baronne qui vous envoie, ah! que je la reconnais bien là, incapable de prendre un parti, trop soucieuse de sa paix pour accepter jamais une responsabilité!... Pourquoi veut-elle que ce soit moi qui aie des ennuis? Non, non, monsieur l'abbé, je n'irai à coup sûr pas contre tous nos règlements, je ne donnerai pas un ordre qui me fâcherait peut-être avec toutes ces dames. Vous ne les connaissez pas, elles deviennent terribles, dès qu'elles sont en séance.

Il s'égayait, il se défendait d'un air de plaisanterie, très résolu, au fond, à ne rien faire. Et, brusquement, Dutheil reparut, se précipita, nu-tête, courant les couloirs pour racoler les absents, intéressés dans la grave discussion qui s'ouvrait.