Le savant le regarda, sentit la gravité des circonstances qu'on lui cachait. Et, comme Guillaume consentait, avec un sourire, en pâlissant de faiblesse, il voulut d'abord qu'on le couchât. La servante revenait dire que le lit était prêt, tous passèrent dans la chambre voisine, où le blessé fut déshabillé et mis au lit.

—Eclairez-moi, Pierre, prenez la lampe, et que Sophie me donne une cuvette pleine d'eau, avec des linges.

Puis, lorsqu'il eut doucement lavé la plaie:

—Diable! diable!... Le poignet n'est pas cassé, mais c'est une vilaine affaire tout de même. Je crains qu'il n'y ait une lésion de l'os... Ce sont des clous qui ont traversé les chairs, n'est-ce pas?

Ne recevant pas de réponse, il se tut. Sa surprise croissait, il se mit à examiner avec attention la main que la flamme avait noircie, il finit même par flairer la manche de la chemise, pour mieux se rendre compte. Evidemment, il reconnaissait les effets d'un de ces explosifs nouveaux, que lui-même avait si savamment étudiés et pour ainsi dire créés. Mais, pourtant, celui-ci devait le dérouter, car il y avait là des traces, des caractères, dont l'inconnu lui échappait.

—Alors, se décida-t-il à demander enfin, emporté par sa curiosité de savant, c'est dans une explosion de laboratoire que vous vous êtes arrangé de cette belle façon?... Quelle diablesse de poudre étiez-vous donc en train de fabriquer?

Malgré sa souffrance, Guillaume, depuis qu'il le voyait étudier ainsi sa blessure, témoignait une contrariété, une agitation croissante, comme si le vrai secret qu'il voulait garder eût été là, dans cette poudre dont le premier essai venait de si cruellement l'atteindre. Il coupa court, il dit de son air de passion contenue, les yeux droits et francs:

—Je vous en prie, maître, ne me questionnez pas. Je ne puis vous répondre... Je sais que vous êtes un assez noble esprit pour me soigner et m'aimer encore, sans exiger ma confession.

—Ah! certes, mon ami, s'écria Bertheroy, gardez votre secret. Votre découverte est à vous, si vous en avez fait une, et je vous sais capable de l'employer au plus généreux usage. D'ailleurs, vous devez me savoir, vous aussi, bien trop passionné de vérité, résolu à ne jamais juger les actes des autres, quels qu'ils soient, avant d'en connaître toutes les raisons.

Et, d'un geste, il acheva de dire sa large tolérance, son esprit souverain, dégagé des ignorances et des superstitions, qui faisait de lui, sous les ordres dont il était chamarré, sous ses titres universitaires et académiques de savant officiel, l'intelligence la plus hardie, la plus libre, uniquement passionnée de vérité, comme il le disait.