—Alors il voyage?

—Je ne sais pas.

—Il a sans doute écrit à maman Théodore?

—Je ne sais pas.

Pierre cessa de la questionner, un peu honteux de vouloir faire causer ainsi cette enfant de onze ans, qu'il trouvait seule. Il se pouvait qu'elle ne sût rien, que Salvat n'eût pas même donné de ses nouvelles, par prudence. Et elle avait l'air très véridique, avec sa face blonde, douce et intelligente, à l'expression déjà grave, cette gravité que l'extrême misère donne aux enfants.

—C'est bien fâcheux que madame Théodore ne soit pas là, je voulais lui parler.

—Mais, monsieur l'abbé, si vous désirez l'attendre... Elle est allée chez mon oncle Toussaint, rue Marcadet, et elle ne peut pas tarder à revenir, car il y a plus d'une heure qu'elle est partie.

Et elle débarrassa l'une des chaises, sur laquelle traînait une poignée de menu bois, ramassé dans quelque terrain vague.

La pièce, sans feu, était visiblement sans pain, dans une nudité glaciale. On y sentait l'absence de l'homme, la disparition de celui qui est la volonté et la force, sur lequel on compte, même après des semaines de chômage. L'homme sort, bat la ville, finit souvent par rapporter l'indispensable, la croûte qu'on se partage et qui empêche qu'on ne meure. Mais, l'homme parti, c'est l'abandon dernier, la femme et l'enfant en détresse, sans soutien ni aide.

Pierre, assis, regardant cette pauvre petite créature, aux yeux bleus limpides, à la bouche grande qui finissait quand même par sourire, ne put s'empêcher de l'interroger encore.