—Il s'agit simplement de gagner du temps, continua-t-elle. Promets la dot, nous la donnerons toujours plus tard.

Alors, la conscience du brave homme éclata. Non! il refusait, il ne voulait pas se risquer une fois encore sur de pareilles pentes. Toujours on abusait de sa complaisance, pour lui faire accepter peu à peu des choses dont il tombait malade ensuite, tant elles lui barraient le coeur. Puisqu'il n'avait pas de dot à donner, il ne pouvait en promettre une.

Bachelard était allé battre le vitrage du bout des doigts, en sifflotant une sonnerie de clairon, comme pour montrer son parfait mépris devant de pareils scrupules. Madame Josserand avait écouté son mari, toute pâle d'une colère lentement amassée, et qui brusquement fit explosion.

—Eh bien! monsieur, puisqu'il en est ainsi, ce mariage se fera…. C'est la dernière chance de ma fille. Je me couperais le poignet plutôt que de la laisser échapper. Tant pis pour les autres! A la fin, quand on vous pousse, on devient capable de tout.

—Alors, madame, vous assassineriez pour marier votre fille?

Elle se leva toute droite.

—Oui! dit-elle furieusement.

Puis, elle eut un sourire. L'oncle dut calmer l'orage. A quoi bon se chamailler? Il valait mieux s'entendre. Et, tremblant encore de la querelle, éperdu et las, M. Josserand finit par vouloir bien causer de l'affaire avec Duveyrier, dont tout dépendait, selon madame Josserand. Seulement, pour prendre le conseiller en un moment de bonne humeur, l'oncle offrit à son beau-frère de le lui faire rencontrer dans une maison, où il ne savait rien refuser.

—C'est une simple entrevue, déclara M. Josserand luttant encore. Je vous jure que je ne m'engagerai pas.

—Sans doute, sans doute, dit Bachelard. Éléonore ne vous demande rien contre l'honneur.