—Mais non, répondit-elle, un peu gênée. Nous nous mettrons à table, dès qu'Achille rentrera.
L'architecte se dérangeait, n'était jamais là pour l'heure des repas, arrivait très rouge, l'air effaré, en maudissant les affaires. Puis, il filait tous les soirs, il épuisait les prétextes, parlant de rendez-vous dans des cafés, inventant des réunions lointaines. Souvent alors, Octave tenait compagnie à Rose jusqu'à onze heures, car il avait compris que le mari le gardait comme pensionnaire, pour occuper sa femme; et elle se plaignait doucement, elle disait ses craintes: mon Dieu! elle laissait Achille bien libre, seulement elle était si inquiète, quand il revenait après minuit!
—Vous ne le trouvez pas triste depuis quelque temps? dit-elle d'une voix tendrement effrayée.
Le jeune homme n'avait pas remarqué.
—Je le trouve préoccupé peut-être…. Les travaux de Saint-Roch lui donnent du souci.
Mais elle hocha la tête, sans insister davantage. Puis, elle se montra très bonne pour Octave, l'interrogea comme de coutume sur l'emploi de sa journée, avec une affection de mère et de soeur. Depuis près de neuf mois qu'il mangeait chez eux, elle le traitait ainsi en enfant de la maison.
Enfin, l'architecte parut.
—Bonsoir, mon chat, bonsoir, ma cocotte, dit-il, en la baisant de son air passionné de bon mari. Encore un imbécile, qui m'a retenu une heure sur un trottoir!
Octave s'était écarté, et il les entendit échanger quelques mots à voix basse.
—Viendra-t-elle?