—Non, à quoi bon? et surtout ne te tourmente pas.

—Tu m'avais juré qu'elle viendrait.

—Eh bien! oui, elle va venir. Es-tu contente? C'est bien pour toi que je l'ai fait.

On se mit à table. Pendant tout le dîner, il fut question de la langue anglaise, que la petite Angèle apprenait depuis quinze jours. Campardon avait brusquement soutenu la nécessité de l'anglais pour une demoiselle; et, comme Lisa sortait de chez une actrice qui revenait de Londres, chaque repas était employé à discuter les noms des plats qu'elle apportait. Ce soir-là, après de longs essais inutiles sur la prononciation du mot «rumsteack», il fallut remporter le rôti, oublié au feu par Victoire, et dur comme des semelles de botte.

On était au dessert, lorsqu'un coup de timbre fit tressaillir madame
Campardon.

—C'est la cousine de madame, revint dire Lisa, du ton blessé d'une domestique qu'on a négligé de mettre dans une confidence de famille.

Et Gasparine, en effet, entra. Elle était en robe de laine noire, très simple, avec son visage maigre et son air pauvre de fille de magasin. Rose, douillettement enveloppée dans son peignoir de soie crème, grasse et fraîche, se leva, si émue, que des larmes lui montaient aux paupières.

—Ah! ma chère, murmura-t-elle, tu es bien gentille…. Oublions tout, n'est-ce pas?

Elle l'avait prise entre les bras, elle lui donna deux gros baisers. Octave, par discrétion, voulut partir. Mais on se fâcha: il pouvait rester, il était de la famille. Alors, il s'amusa à regarder la scène. Campardon, d'abord plein d'embarras, détournait les yeux des deux femmes, soufflant, cherchant un cigare; tandis que Lisa, qui enlevait le couvert d'une main brutale, échangeait des coups d'oeil avec Angèle étonnée.

—C'est ta cousine, dit enfin l'architecte à sa fille. Tu nous as entendus parler d'elle…. Embrasse-la donc.