Octave, stupéfait, dut s'effacer. Quand ils furent partis, il regarda Jules atterré sur sa chaise et Marie très pâle devant le buffet. Tous deux se taisaient.
—Qu'est-ce donc? demanda-t-il.
Mais, sans lui répondre, la jeune femme, d'une voix dolente, gronda son mari.
—Je t'avais prévenu. Tu aurais dû attendre, pour leur couler la chose en douceur. Rien ne pressait, ça ne se voit pas encore.
—Qu'est-ce donc? répéta Octave.
Alors, sans même se tourner, elle dit crûment, dans son émotion:
—Je suis enceinte.
—Ils m'embêtent à la fin! cria Jules qui se levait, pris de révolte. J'ai cru honnête de les prévenir tout de suite de cet ennui…. Est-ce qu'ils s'imaginent que ça m'amuse! Je suis plus attrapé qu'eux, là dedans. D'autant plus que, sapristi! il n'y a pas de ma faute…. N'est-ce pas? Marie, si nous savons comment il a pu pousser, celui-là!
—Ça, c'est bien vrai, affirma la jeune femme.
Octave comptait les mois. Elle était enceinte de cinq mois, et de fin décembre à fin mai, le compte s'y trouvait. Il en fut tout ému; puis, il aima mieux douter; mais son attendrissement persistait, il éprouvait le besoin violent de faire quelque chose de gentil pour les Pichon. Jules continuait à grogner: on le recevrait tout de même, cet enfant; seulement, il aurait bien dû rester où il était. De son côté, Marie, d'ordinaire si douce, se fâchait, finissait par donner raison à sa mère, qui ne pardonnait jamais la désobéissance. Et le ménage en arrivait à une querelle, se jetant le petit au visage, s'accusant l'un l'autre de l'avoir fait, lorsque Octave intervint gaiement.