Auguste, d'un regard, la pria de garder le silence. Le moment n'était pas venu de se quereller. On pouvait attendre. Le docteur Juillerat, qui avait déjà fait une première visite, devait en faire une seconde; mais il ne donnait toujours aucun espoir, le malade ne passerait pas la journée. Auguste communiquait ces nouvelles à sa femme, lorsque Théophile et Valérie entrèrent à leur tour. Tout de suite, Clotilde s'était avancée, et elle répéta en embrassant Valérie:

—Quel coup affreux, ma chère!

Mais Théophile arrivait, très monté.

—Alors, maintenant, dit-il, sans même étouffer sa voix, quand votre père se meurt, c'est votre charbonnier qui doit vous l'apprendre?… Vous avez donc voulu prendre le temps de retourner ses poches?

Duveyrier se leva, indigné. Mais Clotilde d'un geste l'écarta, tandis qu'elle répondait très bas à son frère:

—Malheureux! l'agonie de notre pauvre père ne t'est pas même sacrée!… Regarde-le, contemple ton oeuvre; oui, c'est toi qui lui as tourné le sang, en refusant de payer tes termes en retard.

Valérie se mit à rire.

—Voyons, ce n'est pas sérieux, dit-elle.

—Comment! pas sérieux! reprit Clotilde, révoltée. Vous saviez combien il aimait à toucher ses termes…. Vous auriez résolu de le tuer, que vous n'auriez pas agi autrement.

Et elles en venaient à des mots plus vifs, elles s'accusaient réciproquement de vouloir mettre la main sur l'héritage, lorsque, toujours maussade et calme, Auguste les rappela au respect.