—Je vais aller me coucher, murmura Octave.
Et il s'assit, trouvant là un bien-être.
—Tiens! vous vous couchez déjà! reprit la jeune femme. Ça ne vous arrive pas souvent, d'être si rangé. Vous avez donc quelque chose à faire de bonne heure, demain?
—Mais non, répondit-il. J'ai sommeil, voilà tout…. Oh! je puis bien vous donner dix minutes.
La pensée de Berthe lui était venue. Elle ne monterait qu'à minuit et demi: il avait le temps. Et cette pensée, l'espoir de la posséder toute une nuit, dont il brûlait depuis des semaines, ne retentissait plus à grands coups dans sa chair. Sa fièvre de la journée, le tourment de son désir comptant les minutes, évoquant la continuelle image du bonheur prochain, tombaient sous la fatigue de l'attente.
—Voulez-vous encore un petit verre de cognac? demanda Marie.
—Mon Dieu! je veux bien.
Il pensait que cela le ragaillardirait. Quand elle l'eut débarrassé du verre, il lui saisit les mains, les garda, tandis qu'elle souriait, sans crainte aucune. Il la trouvait charmante, dans sa pâleur de femme endolorie. Toute la tendresse sourde dont il se sentait envahi de nouveau, montait avec une brusque violence, jusqu'à sa gorge, jusqu'à ses lèvres. Il l'avait un soir rendue au mari, après lui avoir mis au front un baiser de père, et c'était maintenant un besoin de la reprendre, un désir immédiat et aigu, dans lequel le désir de Berthe se noyait, s'évanouissait, comme trop lointain.
—Vous n'avez donc pas peur, aujourd'hui? demanda-t-il, en lui serrant les mains plus fort.
—Non, puisque c'est impossible désormais…. Oh! nous restons toujours bons amis!