Berthe, inquiète, avait enfin levé la tête.

—Qu'est-ce donc? demanda-t-elle.

—C'est peut-être madame et l'autre dame, dans le salon, dit Adèle.

Madame Josserand venait d'avoir un sursaut de surprise, en traversant le salon. Une femme était là, toute seule.

—Comment! c'est encore vous! cria-t-elle, quand elle eut reconnu madame
Dambreville, qu'elle avait oubliée.

Celle-ci ne bougeait pas. Les querelles de la famille, l'éclat des voix, le battement des portes, semblaient avoir passé sur sa chair, sans qu'elle en eût même senti le souffle. Elle restait immobile, les regards perdus, enfoncée et tassée dans sa rage d'amour. Mais un travail se faisait en elle, les conseils de la mère de Léon la bouleversaient, la décidaient à acheter chèrement quelques restes de bonheur.

—Voyons, reprit avec brutalité madame Josserand, vous ne pouvez pourtant pas coucher ici…. Mon fils m'a écrit, je ne l'attends plus.

Alors, madame Dambreville parla, la bouche empâtée de silence, comme si elle se réveillait.

—Je m'en vais, excusez-moi…. Et vous lui direz de ma part que j'ai réfléchi. Je consens…. Oui, je réfléchirai encore, je lui ferai peut-être épouser cette fille, puisqu'il le faut…. Mais c'est moi qui la lui donne, et je veux qu'il vienne me la demander, à moi, à moi toute seule, entendez-vous!… Oh! qu'il revienne, qu'il revienne!

Sa voix ardente suppliait. Elle ajouta plus bas, de l'air entêté d'une femme qui, après avoir tout sacrifié, se cramponne à une satisfaction dernière: