Octave fut obligé de la consoler. Il inventerait une histoire, Campardon ne le mangerait pas. Et leur embarras recommença, au moment de la séparation. Ils auraient voulu se dire au moins une phrase aimable; mais le tutoiement s'étranglait dans leur gorge. Heureusement, un pas se fit entendre, c'était le mari qui montait. Octave, silencieux, la reprit et la baisa à son tour sur la bouche. Elle se soumit de nouveau, complaisante, les lèvres glacées comme auparavant. Lorsqu'il fut rentré sans bruit dans sa chambre, il se dit, en ôtant son paletot, que celle-là non plus n'avait pas l'air d'aimer ça. Alors, que demandait-elle? et pourquoi tombait-elle aux bras du monde? Décidément, les femmes étaient bien drôles.
Le lendemain, chez les Campardon, après le déjeuner, Octave expliquait une fois de plus qu'il venait de cogner maladroitement le volume, lorsque Marie entra. Elle conduisait Lilitte aux Tuileries, elle demanda si l'on voulait lui confier Angèle. Et, sans trouble, elle sourit à Octave, elle regarda de son air innocent le livre resté sur une chaise.
—Comment donc! c'est moi qui vous remercie, dit madame Campardon. Angèle, va mettre un chapeau…. Avec vous, je n'ai pas peur.
Marie, très modeste, dans une simple robe de laine sombre, causa de son mari qui, la veille, était rentré enrhumé, et du prix de la viande, qu'on ne pourrait plus aborder bientôt. Puis, quand elle eut emmené Angèle, tous se penchèrent aux fenêtres, pour les voir partir. Sur le trottoir, Marie poussait doucement, de ses mains gantées, la voiture de Lilitte; pendant que, se sachant regardée, Angèle marchait près d'elle, les yeux à terre.
—Est-elle assez comme il faut! s'écria madame Campardon. Et si douce! et si honnête!
Alors, l'architecte frappa sur l'épaule d'Octave, en disant:
—L'éducation dans la famille, mon cher, il n'y a que ça!
V
Ce soir-là, il y avait réception et concert chez les Duveyrier. Vers dix heures, Octave qu'ils invitaient pour la première fois, achevait de s'habiller dans sa chambre. Il était grave, il éprouvait contre lui-même une sourde irritation. Pourquoi avait-il raté Valérie, une femme si bien apparentée? Et Berthe Josserand, n'aurait-il pas dû réfléchir, avant de la refuser? Au moment où il mettait sa cravate blanche, la pensée de Marie Pichon venait de lui être insupportable: cinq mois de Paris, et rien que cette pauvre aventure! Cela lui était pénible comme une honte, car il sentait profondément le vide et l'inutilité d'une telle liaison. Aussi se jurait-il, en prenant ses gants, de ne plus perdre son temps de la sorte. Il était décidé à agir, puisqu'il pénétrait enfin dans le monde, où les occasions, certes, ne manquaient pas.
Mais, au bout du couloir, Marie le guettait. Pichon n'étant pas là, il fut obligé d'entrer un instant.