L'individu, très grand, très fort, murmura, en baissant les yeux:

«Monsieur ne me reconnaît pas?» Et comme Rougon disait non, brutalement:

«Je suis Merle, l'ancien huissier de monsieur au Conseil d'État.» Rougon se radoucit un peu.

«Ah! très bien. Vous portez toute votre barbe, maintenant.... Eh bien, qu'est-ce que vous voulez, mon garçon?» Alors, Merle expliqua, avec des manières polies d'homme comme il faut. Il avait rencontré Mme Correur, l'après-midi; c'était elle qui lui avait conseillé d'aller voir monsieur le soir même; sans cela, il ne se serait jamais permis de déranger monsieur à pareille heure.

«Mme Correur est bien bonne», répéta-t-il à plusieurs reprises.

Puis, il dit enfin qu'il se trouvait sans place. S'il portait toute sa barbe, c'était qu'il avait quitté le Conseil d'État depuis environ six mois. Et quand Rougon l'interrogea sur les motifs de son renvoi, il n'avoua pas avoir été mis à la porte pour sa mauvaise conduite. Il pinça les lèvres, il répondit d'un air discret:

«On savait combien j'étais dévoué à monsieur.

Depuis le départ de monsieur, on me faisait toutes sortes de misères, parce que je n'ai jamais su cacher mes sentiments.... Un jour, j'ai failli donner un soufflet à un camarade, qui disait des choses inconvenantes.... Et ils m'ont renvoyé.».

Rougon le regardait fixement.

«Alors, mon garçon, c'est à cause de moi que vous voilà sur le pavé?» Merle eut un petit sourire.