Même il finissait par s'imaginer leur devoir beaucoup, soudant au souvenir de leur longue propagande. Et, sans besoins lui-même, il taillait à la bande de belles proies, il goûtait à la combler la joie personnelle d'agrandir autour de lui l'éclat de sa fortune.
Cependant, la vaste pièce gardait son silence tiède.
M. d'Escorailles, après avoir examiné la suscription d'une des lettres qu'il dépouillait, la tendit à Rougon, sans l'ouvrir.
«Une lettre de mon père», dit-il.
Le marquis, avec une humilité outrée, remerciait le ministre d'avoir pris Jules dans son cabinet. Rougon lut lentement les deux pages de fine écriture. Il plia la lettre, la glissa dans sa poche. Puis, avant de se remettre au travail, il demanda:
«Du Poizat n'a pas écrit?
—Si, monsieur, répondit le secrétaire en cherchant une lettre parmi les autres. Il commence à se reconnaître dans sa préfecture. Il dit que les Deux Sèvres, et en particulier la ville de Niort, ont besoin d'être menées par une main solide.» Rougon parcourait la lettre. Quand il l'eut achevée:
«Sans doute, murmura-t-il, il aura les pleins pouvoirs qu'il demande.... Ne lui répondez pas, c'est inutile.
Ma circulaire lui est destinée.» Il reprit la plume, cherchant les dernières phrases.
Du Poizat avait voulu être préfet à Niort, dans son pays; et le ministre, à chaque décision grave, se préoccupait surtout des Deux-Sèvres, gouvernant la France d'après les avis et les besoins de son ancien compagnon de misère. Il terminait enfin sa lettre confidentielle aux préfets, lorsque M. Kahn, brusquement, se fâcha.