—Alors? demanda le ministre.
—J'ai même aidé la bonne à la retourner. Mais j'ai mon service, moi.... Alors, elle est très inquiète, elle aurait voulu voir Son Excellence pour les réponses qu'elle attend. Je m'en allais, quand elle m'a rappelé, en me disant que je serais bien gentil, si je pouvais ce soir lui rapporter es réponses, après mon travail.., son Excellence serait-elle assez obligeante...?» Le ministre se tourna tranquillement.
«Monsieur d'Escorailles, donnez-moi donc ce dossier là-bas, dans cette armoire.» C'était le dossier de Mme Correur, une énorme chemise grise crevant de papiers. Il y avait là des lettres, des projets, des pétitions de toutes les écritures et de toutes les orthographes: demandes de bureaux de tabac, demandes de bureaux de timbres, demandes de secours, de subventions, de pensions, d'allocations.
Toutes les feuilles volantes portaient en marge l'apostille de Mme Correur, cinq ou six lignes suivies d'une grosse signature masculine.
Rougon feuilletait le dossier et regardait, au bas des lettres, de petites notes écrites de sa main au crayon rouge.
«La pension de Mme Jalaguier est portée à dix-huit cents francs. Mme Leturc a son bureau de tabac.... Les fournitures de Mme Chardon sont acceptées.... Rien encore pour Mme Testanière.... Ah! vous direz aussi que j'ai réussi pour Mlle Herminie Billecoq. J'ai parlé d'elle, des dames donneront la dot nécessaire à son mariage avec l'officier qui l'a séduite.
—Je remercie mille fois Son Excellence», dit Merle en s'inclinant.
Il sortait, lorsqu'une adorable tête blonde, coiffée d'un chapeau rose, parut à la porte.
«Puis-je entrer?» demanda une voix flûtée.
Et Mme Bouchard, sans attendre la réponse, entra.