Elle n'avait pas vu l'huissier dans l'anti-chambre, elle était allée droit devant elle. Rougon, qui l'appelait «ma chère enfant», la fit asseoir, après avoir gardé un instant entre les siennes ses petites mains gantées.
«Est-ce pour quelque chose de sérieux? demanda-t-il.
—Oui, oui, très sérieux», répondit-elle avec un sourire.
Alors, il recommanda à Merle de n'introduire personne. M. d'Escorailles, qui avait fini la toilette de ses ongles, était venu saluer Mme Bouchard. Elle lui fit signe de se pencher, lui parla tout bas, vivement. Le jeune homme approuva de la tête. Et il alla prendre son chapeau, en disant à Rougon:
«Je vais déjeuner, je ne vois rien d'important.... Il n'y a que cette place d'inspecteur. Il faudrait nommer quelqu'un.» Le ministre restait perplexe, secouait la tête.
«Oui, sans doute, il faut nommer quelqu'un.... On m'a proposé déjà un tas de monde. Ça m'ennuie de nommer des gens que je ne connais pas.» Et il regardait autour de lui, dans les coins de la pièce, comme pour trouver. Son regard brusquement tomba sur M. Béjuin, allongé devant la cheminée, silencieux, béat.
«Monsieur Béjuin», appela-t-il.
Celui-ci ouvrit doucement les yeux, sans bouger.
«Voulez-vous être inspecteur? Je vous expliquerai: une place de six mille francs, où l'on n'a rien à faire, et qui est très compatible avec vos fonctions de député.»
M. Béjuin dodelina de la tête. Oui, oui, il acceptait. Et quand l'affaire fut entendue, il resta encore là deux minutes à flairer l'air. Mais il sentit sans doute qu'il n'y aurait plus rien à ramasser ce matin-là, car il se retira lentement, en traînant les pieds, derrière M. d'Escorailles.