«Monsieur, achetez-moi un cigare.... Monsieur, une boîte d'allumettes...» Il sourit, en se débarrassant poliment. Ensuite, il s'orienta, voulut payer sa dette tout de suite, s'arrêta à un comptoir tenu par une dame très bien en cour, à laquelle il marchanda un étui à cigares fort laid.

Soixante-quinze francs! Il ne fut pas maître d'un geste de terreur, il rejeta l'étui et fila; tandis que la dame, rouge, blessée, tournait la tête, comme s'il avait commis sur sa personne une inconvenance. Alors, lui, pour empêcher les commentaires fâcheux, s'approcha du kiosque où Mme de Combelot tournait toujours ses petits bouquets. Ça ne devait pas être cher, ces bouquets-là. Par prudence, il ne voulut pas même d'un bouquet, devinant que la bouquetière devait mettre un haut prix à son travail. Il choisit, dans le tas de roses, la moins épanouie, la plus maigre, un bouton à demi mangé. Et galamment, sortant son porte-monnaie:

«Madame, combien cette fleur?

—Cent francs, monsieur», répondit la dame, qui avait suivi son manège du coin de l'œil.

Il balbutia, ses mains tremblèrent. Mais, cette fois, il était impossible de reculer. Du monde se trouvait là, on le regardait. Il paya, et, se réfugiant dans le buffet, il s'assit à la table de M. Kahn, en murmurant:

«C'est un guet-apens, un guet-apens...

—Vous n'avez pas vu Rougon dans la salle?» demanda M. Kahn.

Le colonel ne répondit pas. Il jetait de loin des regards furibonds aux vendeuses. Puis, comme M. d'Escorailles et M. La Rouquette riaient très fort devant un comptoir, il dit encore entre ses dents:

«Parbleu! les jeunes gens, ça les amuse.... Ils finissent toujours par en avoir pour leur argent.»

M. d'Escorailles et M. La Rouquette, en effet, s'amusaient beaucoup. Ces dames se les arrachaient. Dès leur entrée, des bras s'étaient tendus vers eux; à droite, à gauche, leurs noms sonnaient.