«Méchant! méchant! il a brisé mon chapelet!»
Et elle le lui arracha. Elle pleurait comme une enfant.
«Là, là, disait M. de Plouguern riant toujours. Voyez-vous ma dévote! L'autre matin, elle a failli me crever les yeux, parce qu'en apercevant un rameau de buis au fond de son alcôve, je lui demandais ce qu'elle balayait avec ce petit balai-là... Ne pleure plus, grosse bête! Je ne lui ai rien cassé, au Bon Dieu.
—Si, si cria-t-elle, vous lui avez fait du mal!» Elle ne le tutoyait plus. De ses mains tremblantes, elle achevait d'enlever la perle de verre. Puis, avec un redoublement de sanglots, elle voulut arranger la croix.
Elle l'essuyait du bout des doigts, comme si elle avait vu des gouttes de sang perler sur le métal. Elle murmurait:
«C'est le pape qui m'en a fait cadeau, la première fois que je suis allée le voir avec maman. Il me connaît bien, le pape; il m'appelle "son bel apôtre", parce que je lui ai dit un jour que je serais contente de mourir pour lui.... Un chapelet qui me portait bonheur. Maintenant, il n'aura plus de vertu, il attirera le diable...
—Voyons, donne-le-moi, interrompit M. de Plouguern. Tu vas t'abîmer les ongles, à vouloir raccommoder ça.... L'argent, c'est dur, mignonne.» Il avait repris le chapelet, il tâchait de déplier le bras de la croix, délicatement, de façon à ne pas le casser.
Clorinde ne pleurait plus, les yeux fixes, très attentive.
Rougon, lui aussi, avançait la tête, avec un sourire; il était d'une irréligion déplorable, à ce point que la jeune fille avait failli rompre deux fois avec lui pour des plaisanteries déplacées.
«Fichtre! disait à demi-voix M. de Plouguern, il n'est pas tendre, le Bon Dieu. C'est que j'ai peur de le couper en deux.... Tu aurais un Bon Dieu de rechange, petite.» Il fit un nouvel effort. La croix se rompit net.