«Ah! tant pis! s'écria-t-il. Cette fois, il est cassé.» Rougon s'était mis à rire. Alors, Clorinde, les yeux très noirs, la face convulsée, se recula, les regarda en face, puis de ses poings fermés les repoussa furieusement; comme si elle avait voulu les jeter à la porte. Elle les injuriait en italien, la tête perdue.
«Elle nous bat, elle nous bat, répéta gaiement M. de Plouguern.
—Voilà les fruits de la superstition», dit Rougon entre ses dents.
Le vieillard cessa de plaisanter, la mine subitement grave; et, comme le grand homme continuait à lancer des phrases toutes faites sur l'influence détestable du clergé, sur l'éducation déplorable des femmes catholiques, sur l'abaissement de l'Italie livrée aux prêtres, il déclara de sa voix sèche:
«La religion fait la grandeur des États.
—Quand elle ne les ronge pas comme un ulcère, répliqua Rougon. L'histoire est là. Que l'empereur ne tienne pas les évêques en respect, il les aura bientôt tous sur les bras.» Alors, M. de Plouguern se fâcha à son tour. Il défendit Rome. Il parla des convictions de toute sa vie. Sans religion, les hommes retournaient à l'état de brutes. Et il en vint à plaider la grande cause de la famille. L'époque tournait à l'abomination: jamais le vice ne s'était étalé plus impudemment, jamais l'impiété n'avait jeté un pareil trouble dans les consciences.
«Ne me parlez pas de votre empire! finit-il par crier.
C'est un fils bâtard de la révolution.... Oh! nous le savons, votre empire rêve l'humiliation de l'Église. Mais nous sommes là, nous ne nous laisserons pas égorger comme des moutons.... Essayez un peu, mon cher monsieur Rougon, d'avouer vos doctrines au Sénat.
—Eh! ne lui répondez plus, dit Clorinde. Si vous le poussiez, il finirait par cracher sur le Christ. C'est un damné.» Rougon, accablé, s'inclina. Il y eut un silence. La jeune fille cherchait sur le parquet le petit fragment détaché de la croix: quand elle l'eut trouvé, elle le plia soigneusement avec le chapelet, dans un morceau de journal. Elle se calmait.
«Ah! çà, mignonne, reprit tout d'un coup M. de Plouguern, je ne t'ai pas encore dit pourquoi je suis monté.