Comme il ne disait toujours rien, la poussant vers la chambre, elle se dégagea violemment. Elle obéissait à des mouvements singuliers, en dehors de ses désirs; elle était irritée contre elle-même et contre lui. Dans son trouble, des paroles entrecoupées lui échappaient. Ah! certes, il la récompensait bien mal de sa confiance. Qu'espérait-il donc en montrant cette brutalité? Elle le traita même de lâche. Jamais de la vie elle ne le reverrait. Mais il la laissait parler pour s'étourdir, il la poursuivait avec un rire méchant et bête. Elle finit par balbutier, réfugiée derrière un fauteuil, tout d'un coup vaincue, comprenant qu'elle lui appartenait, sans qu'il eût encore avança les mains pour la prendre. Ce fut une des minutes les plus désagréables de son existence.

Et ils étaient là, face à face, le visage changé, honteux et violent, lorsqu'un bruit éclata. Ils ne comprirent pas d'abord. On avait ouvert une porte, des pas traversaient la chambre, tandis qu'une voix leur criait:

—Sauvez-vous, sauvez-vous.... Vous allez être surpris.

C'était Hélène. Tous deux, stupéfiés, la regardaient. Leur étonnement était si grand, qu'ils en oubliaient l'embarras de leur situation; Juliette n'eut pas un mouvement de gêne.

—Sauvez-vous, répétait Hélène. Votre mari sera ici dans deux minutes.

—Mon mari, bégaya la jeune femme, mon mari.... Pourquoi ça? à propos de quoi?

Elle devenait imbécile. Tout se brouillait dans sa tête. Cela lui paraissait prodigieux qu'Hélène fût là et qu'elle lui parlât de son mari. Mais celle-ci eut un geste de colère.

—Ah! si vous croyez que j'ai le temps de vous expliquer.... Il va venir. Vous voilà avertie. Partez vite, partez tous les deux.

Alors, Juliette entra dans une agitation extraordinaire. Elle courait au milieu des pièces, bouleversée, lâchant des mots sans suite:

—Ah! mon Dieu, ah! mon Dieu.... Je vous remercie. Où est mon manteau? Que c'est bête, cette chambre toute noire! Donnez-moi mon manteau, apportez une bougie que je trouve mon manteau.... Ma chère, ne faites pas attention, si je ne vous remercie pas.... Je ne sais où sont les manches; non, je ne sais plus, je ne peux plus.... La peur la paralysait, il fallut qu'Hélène l'aidât à mettre son manteau. Elle posa son chapeau de travers, ne noua pas même les brides. Mais le pis fut qu'on perdit une grande minute à chercher sa voilette, qui était tombée sous le lit.... Elle balbutiait, les mains éperdues et tremblantes, tâtant sur elle si elle n'oubliait rien de compromettant.